Depuis deux ans, Lucie Bondu mène une mission de Responsable communication à Sala Baï, au Cambodge. Arrivée au terme de cette expérience, elle ne veut pas rentrer en avion ; elle fait le choix du vélo et du temps long. Son fil conducteur : le vêtement. Couturière, elle part documenter les traditions textiles d’Asie face à la fast-fashion polluante. Entre artisanat ancestral et enjeux écologiques, elle fera de ce projet un livre photos-documentaire qui cherchera à comprendre les racines du présent pour tisser une mode plus durable.
Tu termines tout juste ta mission de VSI au Cambodge. Dans quel état d’esprit abordes-tu cette nouvelle aventure, celle du retour à vélo ?
En effet, je termine ma mission bientôt et je dois bien admettre que, ces derniers mois, j’ai surtout été préoccupée par tous les projets à finaliser avant mon départ de Sala Baï. Je n’imaginais pas vraiment la suite jusqu’au jour où, un vendredi soir en sortant du travail, j’ai reçu un appel de Romain (coordinateur régional Asie du Sud-Est de La Guilde) m’annonçant que mon projet un peu fou avait été retenu pour être lauréat d’une bourse de l’aventure !
Ton projet mêle voyage, photographie, textile et engagement écologique. Comment est née cette idée de partir à la rencontre des savoir-faire textiles traditionnels d’Asie ?
Mon projet mêle pas mal de choses qui me trottent dans la tête depuis un moment. J’aime toucher à tout et, depuis environ 2-3 ans, je me suis mise à la couture. Très vite, j’ai visité les marchés de tissus au Cambodge et j’ai découvert les habits et motifs traditionnels qui y abondent. Mais d’où viennent ces tissus aujourd’hui ? Comment sont-ils fabriqués ? La plupart ne sont pas tissés à la main, ni composés de soie pure. Et il ne faut pas oublier que l’industrie textile est l’un des premiers secteurs économiques du pays, surtout tourné vers l’exportation, et particulièrement polluant. Donc d’un côté, la tradition du tissage, les significations derrière chaque motif me semblent fascinantes et sublimes ; de l’autre côté, il me semble important de confronter ce sujet à la réalité des problématiques actuelles, surtout l’écologie (un autre enjeu qui me tient à cœur). À ces questions s’ajoute, bien sûr, la dimension du voyage et de l’aventure qui continue de me faire vibrer. Je me suis toujours dit que, si je partais de nouveau, ce serait à vélo, afin d’avoir mon propre mode de transport sans laisser d’empreinte carbone. Et puis le vélo ça intrigue, c’est propice à la rencontre.

En tant que couturière, qu’espères-tu découvrir auprès des artisans que tu vas rencontrer ? Y a-t-il une question qui guidera particulièrement ton enquête ?
Il y a plein d’aspects que je voudrais investiguer :
- Les techniques et matériaux traditionnels qu’on pourrait « redécouvrir » aujourd’hui. Par exemple, une ferme à Siem Reap fabrique des tissus à base de fibres de lotus. Je voudrais investiguer les savoirs ancestraux pour y trouver de potentielles alternatives à nos pratiques actuelles, des matériaux de base à la teinture et au tissage.
- L’histoire et les significations culturelles derrière les tissus et motifs.
- Les initiatives actuelles déjà lancées qui essaient de replacer un peu d’écologie dans l’industrie textile.
Je voudrais aussi, en amont, faire un état de l’art et quelques entretiens préliminaires pour affiner l’angle de mon enquête.
Tu souhaites interroger les liens entre artisanat ancestral et fast-fashion. Selon toi, qu’est-ce que ces traditions peuvent nous apprendre pour construire une mode plus durable ?
J’ai peut-être déjà un peu répondu, mais je pense que l’artisanat ancestral peut nous apprendre à utiliser des matériaux plus durables, des modes de production moins nocifs pour l’environnement. De plus, en retrouvant la valeur de chaque objet, les significations derrière les teintes et les motifs, je voudrais aussi réinterroger notre rapport au vêtement et à la mode.
Ta mission de volontariat a-t-elle transformé ton regard sur ton métier et a-t-elle guidé l’élaboration de ce projet ? En quoi cette expérience t’accompagnera-t-elle sur la route ?
Je suis responsable communication dans une école de formation professionnelle. Être sur le terrain était particulièrement enrichissant et inspirant : je vois et j’accompagne chaque nouveau projet, l’évolution des étudiants au cours de l’année et au-delà. Ça a transformé ma manière d’exercer mon métier. Le défi a été de transmettre mon enthousiasme, de pouvoir résumer de manière percutante l’essence d’un programme qui vit, et qui doit se vivre. La communication et le marketing autour de Sala Baï doivent refléter l’authenticité du projet, la joie, le sens de la communauté. Ce challenge sera toujours présent sur la route.
Si tu devais donner envie à d’autres volontaires d’oser un projet un peu fou après leur mission, que leur dirais-tu ?
Je n’ai pas encore réalisé mon projet, mais le fait que j’ai obtenu cette bourse prouve qu’on ne sait jamais ! Si vous avez une idée folle qui vous trotte dans la tête, il ne faut pas hésiter à la coucher sur le papier, parfois c’est comme ça qu’elle prend vie sans qu’on s’y attende.
