Novembre 2024. Il fait chaud pour une fin d’automne. A moins que ce ne soit l’effervescence régnante qui fasse grimper la température. Au centre d’accueil des migrants de Caritas, à Nicosie, les journées s’enchaînent au rythme des arrivées, des histoires racontées, des rires et des larmes.
C’est dans ce décor que Maud Genevois, 24 ans, pose ses valises pour un service civique censé durer quelques mois. Très vite, elle s’immerge dans la mission. Au centre d’accueil, elle reçoit des personnes venues du Congo, du Cameroun, de Syrie ou de Somalie. Il faut aider à remplir des formulaires, expliquer un système kafkaïen dont elle est (c’est un exploit) parvenue à identifier les rouages, trouver une solution — souvent dans l’urgence, toujours sans mode d’emploi. Chercher un accès aux soins. Inscrire un enfant à l’école. Tenter de débloquer une situation administrative.
« Dès mon arrivée, j’ai été pleinement intégrée. » Pleinement intégrée car pleinement investie. Maud a étudié les Relations internationales, elle est déjà très sensible au sort des demandeurs d’asile. Alors elle se donne : elle écoute, elle cherche à comprendre… et elle agit.
Rapidement, une idée émerge. Et si elle offrait à ces personnes qu’elle accompagne les moyens d’en accompagner d’autres ? Maud lance alors un programme d’apprentissage. Des demandeurs d’asile deviennent apprentis travailleurs sociaux. Un par un, ils apprennent, ils s’impliquent, ils reçoivent une rémunération financière. Pour certains, l’apprentissage dure quelques semaines, pour d’autres plusieurs mois. Une nouvelle dynamique s’installe. « Mon but est de lutter contre le système de dépendance. »
Quelques mois plus tard, un nouveau chapitre s’ouvre. Caritas lance un programme d’intégration à destination des demandeurs d’asile et des réfugiés. Sa tutrice propose à Maud de le coordonner. Elle accepte.
Dans un premier temps, c’est (comme toujours !) l’effervescence. Chaque après-midi, Maud organise une activité différente : couture, cuisine, design. Ça attire, ça fonctionne. Peu à peu, elle observe et constate les vrais besoins. Il ne s’agit pas d’aider les gens à occuper leurs journées, il faut construire dans la durée. Alors Maud pivote. Moins d’ateliers, plus d’enseignement. Des cours de grec. Des cours d’anglais. Des sessions d’accompagnement à la recherche d’emploi, à la navigation sur internet. Elle monte aussi une formation en cuisine avec un partenaire local. Dix participants. Une première. Une réussite. Une initiative qui sera reproduite !
L’équipe de Caritas est restreinte mais dynamique. « Chacun de nous a l’espace pour faire des propositions, prendre des initiatives. » Cet espace, Maud n’hésite pas à l’occuper.
Au-delà du travail, Chypre devient pour elle un terrain d’apprentissage. Pays divisé, au carrefour des tensions géopolitiques, l’île nourrit sa réflexion et son engagement. « C’est passionnant d’habiter un lieu qui conduit à s’interroger sans cesse sur la situation géopolitique. Ça demande de l’humilité, de se mettre à l’écoute. » Elle apprend, peu à peu. Elle crée des liens avec les locaux. Elle identifie les fractures du pays, mais aussi ses équilibres invisibles. Et elle transmet ce qu’elle a compris aux nouveaux volontaires accueillis.
Six mois ont passé, trop rapidement, la fin du service civique approche. Maud sait, pourtant, que sa mission n’est pas terminée. Caritas lui propose de rester, en tant que salariée. D’abord pour six mois, puis pour un an – un contrat qui pourra encore être renouvelé. Elle accepte : « Quand Caritas m’a offert un poste, j’ai été ravie… Et je le suis toujours ! Ici, ça ne stagne pas, il y a toujours des choses à faire, à inventer. »
Déjà, une autre idée prend forme dans son esprit, plus personnelle, plus ambitieuse : créer sa propre structure. Son objectif : favoriser l’intégration des demandeurs d’asile sur le marché du travail, en développant des programmes d’apprentissage. « J’ai envie de mettre en place, à grande échelle, ce que j’ai pu initier avec Caritas. » Maud suit une ligne directrice : aider les gens à sortir de l’assistanat, à gagner en autonomie.
À Nicosie, le centre d’accueil continue de tourner. Les visages changent. Les urgences se succèdent. Ce qui demeure, pour Maud, c’est son engagement, son désir d’aider, son audace. Elle a osé partir ; elle ose, aujourd’hui, bâtir l’avenir. Avec sa mission, elle a trouvé sa vocation.
