Éléonore de Bourran est VSI en Thaïlande depuis janvier 2026, engagée dans une mission de chargée d’animation et d’enseignement avec les Missions étrangères de Paris. Basée au nord du pays, elle enseigne l’anglais chaque matin dans les écoles de la région et anime des ateliers le soir avec les enfants du village. Entre le “waï” adressé aux professeurs, les cérémonies où les élèves se prosternent et les journées où le jeu devient le meilleur outil pour apprendre à lire et à écrire, elle nous raconte ce que cette immersion lui a appris.
Présente-nous ta mission !
En mission dans le Nord de la Thaïlande, nous sommes deux volontaires qui enseignons l’anglais dans différentes écoles de la région tous les matins. Nous animons aussi des ateliers d’anglais tous les soirs pour les enfants de notre village. Le Thaï n’étant parlé qu’en Thaïlande, l’apprentissage de l’anglais a toute sa place pour ceux qui veulent trouver un travail dans une entreprise internationale ou dans le tourisme.
Le système éducatif thaïlandais… très différent du système éducatif français ?
Les enfants sont responsabilisés dès le plus jeune âge par rapport à la propreté et au respect. Cela se traduit par le rassemblement du matin, le waï pour saluer les professeurs ou les autres élèves, l’uniforme, la vaisselle de leur propre assiette, le lavage de dents après les repas ou encore le ménage de leur salle de classe.
Au niveau des apprentissages, cela dépend souvent des écoles. Certaines écoles veillent au progrès de tous les élèves tandis que dans d’autres, les élèves peuvent passer des demi-journées entières sans voir de professeur.
L’accès à l’école est possible pour la grande majorité des enfants, que ce soit dans les écoles pour les Thaïs ou dans les learning center pour les Birmans. Mais dans certains des villages les plus reculés, les élèves arrêtent l’école vers 12 ans pour travailler et se marier.
Qu’est-ce qui t’a particulièrement étonnée dans le cadre de ta mission ?
Le contact physique est bien plus présent qu’en France, que ce soit une main sur l’épaule ou tirer l’oreille. En maternelle, les professeurs sont très proches de leurs élèves. Au primaire et collège, le professeur est vraiment une figure d’autorité mais au lycée, les relations sont très amicales.
J’ai été particulièrement marquée du décalage entre la discipline en classe qui peut être compliquée et les cérémonies officielles où les élèves sont irréprochables. Lors du teacher day par exemple, les élèves apportent des fleurs à leurs professeurs et se prosternent devant eux jusqu’à terre.
Peux-tu conseiller une méthode d’éducation qui a particulièrement bien fonctionné auprès de tes élèves ?
Le jeu est un atout indispensable pour pratiquer l’anglais sachant que, dans ce modèle culturel, la prise de parole n’est pas évidente. Le système thaïlandais est basé sur la répétition donc il est difficile pour les élèves de formuler une phrase qu’ils ont eux-mêmes construite.
Nous avons choisi de travailler la lecture et l’écriture qui sont indispensables pour pouvoir relire un cours écrit dans le cahier. Les élèves ont l’habitude qu’on leur écrive la phonétique en thaï donc il n’est pas toujours évident de lire notre alphabet. Nous passons alors par des gestes, des chansons, des mots clés, puis des ateliers ou des jeux au tableau en équipe pour leur permettre de s’entraîner à écrire ce qu’ils entendent ou à lire ce qu’ils voient.
Et pour terminer, une anecdote marquante ?
Je me souviendrai toujours de Salopon et de sa fierté lorsqu’il a pu répondre à une question. Cet élève turbulent, que nous ne pensions pas pouvoir intéresser, avait seulement besoin d’être considéré individuellement et amené petit à petit jusqu’au niveau des autres. Félicité pour chacune de ses petites victoires, il est devenu un moteur de la classe.
