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Amazonie : seize volontaires sur un tapis vert

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L’Amazonie. Cet immense tapis de verdure, entraperçu depuis le hublot d’un avion. Des arbres exotiques. Des oiseaux mirifiques. Le récit imagé d’explorateurs moustachus, égarés, perdus, dans une rêverie aussi infinie peut-être que la canopée au-dessus de leur tête.

Celui qui y met réellement les pieds découvre, toutefois, que l’Amazonie n’est pas seulement une forêt. C’est un monde où les rivières servent de routes, où des communautés vivent au rythme de la nature depuis des générations mais où une décision, prise à des milliers de kilomètres, peut déterminer le sort d’un arbre, d’un village ou d’une espèce entière.

C’est dans ce monde que seize volontaires, accompagnés par la Guilde, ont choisi de s’engager à travers le programme V-Amazonie de France Volontaires. Scientifiques, ingénieurs, chargés de communication ou jeunes diplômés, ils ont quitté quotidien et idées reçues pour rejoindre le Pérou, la Colombie, la Bolivie, l’Équateur et le Brésil. Leur mission : contribuer à la préservation de la plus grande forêt tropicale du monde.

Au service de la faune amazonienne

À Iquitos, au Pérou, Martin de Guilhem travaille au sein du Centro de Rescate Amazónico, un centre dédié à l’accueil et aux soins des animaux victimes des activités humaines. Plongez dans le quotidien d’un VSI au cœur de la forêt, là où le vivant se répare.

Quand les cartes s’animent

 

Pendant trois mois, en 2023, Diego Ivorra a consacré son stage à la thématique de l’habitat à Puerto Guzmán, en Colombie. A l’issue de son stage, il connaissait les chiffres, les cartes, les diagnostics territoriaux. Il avait étudié les besoins des populations, imaginé des solutions pour améliorer leur habitat. Pourtant, il n’y avait jamais mis les pieds.

« J’avais écouté des heures d’interviews, réalisé des dizaines de cartes et étudié d’immenses bases de données sur les conditions socio-économiques des habitants », raconte-t-il. Il croyait tout savoir d’un lieu qu’il ne connaissait pas. Le programme V-Amazonie lui a permis de se rendre sur place. « J’ai pu visiter cet endroit, parler avec les habitants, marcher entre les arbres de la réserve naturelle d’Itarka. »

Et ces arbres ont débordé des tableaux Excel. Les statistiques ont pris visage humain. Les idées se sont confrontées au réel. Aujourd’hui, Diego développe des solutions de construction utilisant du bois amazonien local pour améliorer durablement l’habitat des communautés. Il sait que les résultats ne seront pas immédiats. Mais il veut bâtir l’avenir : « J’espère qu’un jour je recevrai des photos de maisons construites ou améliorées avec du bois natif amazonien, qui assurent de bonnes conditions de vie aux habitants de Puerto Guzmán. »

 

La tête dans les nuages

 

À Bogotá, Charlotte Audeoud tente de répondre à une question : comment le changement climatique et la déforestation influencent-ils les événements extrêmes ? La question est loin d’être théorique. La question est loin d’être théorique, Mocoa en est la preuve tragique. En 2017 la ville colombienne a subi des inondations meurtrières qui ont causé plus de 300 décès. « Mesurer la part de responsabilité des activités humaines dans ce type de catastrophe permet de montrer qu’il ne s’agit pas uniquement d’une catastrophe naturelle », explique-t-elle. À l’Université du Rosario, Charlotte travaille sur des modèles hydroclimatiques dont les résultats pourront alimenter les politiques publiques et renforcer les systèmes d’alerte.

Elle intervient aussi dans les écoles pour parler forêt amazonienne et biodiversité. C’est là qu’elle y a découvert la sagesse des enfants : les questions les plus naïves sont souvent les plus pertinentes. Comment les arbres font-ils tomber la pluie ? Que se passera-t-il si la forêt disparaît ? Comment la protéger ? Ces rencontres donnent tout son sens à la mission de Charlotte. Quand elle évoque les moments marquants de son expérience, elle ne mentionne d’ailleurs pas une découverte scientifique. Elle parle de Juan. « Passionné de météorologie, mais aussi d’histoire et de littérature, il travaille comme assistant de recherche avec la même équipe que moi. Au fil du temps, une véritable amitié s’est construite malgré les différences de langue et de parcours. »

 

Charlotte Audeoud à l’Université du Rosario

 

Ce qu’enseigne la forêt

 

Lucas Blauwart, lui, travaille au Pérou avec Envol Vert. Ingénieur forestier tropical de formation, la faune et la flore amazonienne peuplaient ses rêves depuis longtemps. Aujourd’hui, il accompagne le développement d’activités économiques durables dans seize villages et communautés autochtones : apiculture, écotourisme, semences forestières, valorisation de produits issus de la forêt. L’objectif est simple dans son principe, ambitieux dans sa réalisation : la forêt vivante doit être une ressource plus précieuse que la forêt morte. « Ces activités économiques permettent de générer des revenus rapidement et de manière durable. » Au fil de déplacements dans des communautés isolées, Lucas mesure concrètement l’impact de ces projets. « Quand je suis allé dans les communautés natives à Ucayali où les conditions de vie sont difficiles, j’ai constaté que le travail réalisé avait un véritable impact. » Lucas retient de la mission une leçon : une forêt protégée permet aussi, souvent, de vivre dignement.

Et puis il y a les récompenses inattendues, comme la rencontre impromptue avec un boa arc-en-ciel. Oui, cela existe, non, ce n’est pas le nom d’un groupe de rock psychédélique des années 1970. C’est simplement l’une des innombrables merveilles que la forêt révèle à ceux qui prennent le temps de la parcourir.

 

Boa Arc-en-ciel à Ucayali

 

Au rythme des savoirs anciens

 

Ornella Laurenti était déjà partie une première fois. En 2019, un Volontariat de Service Civique en Argentine, entre réserve de biosphère et musée d’archéologie et d’anthropologie, lui avait ouvert une brèche. Celle d’un engagement où l’on apprend autant que l’on transmet, où l’on travaille sans jamais cesser de découvrir. Depuis, les expériences se sont enchaînées en Équateur, en Colombie, en Guyane française, comme autant de prolongements naturels d’une même envie : conjuguer terrain, recherche et engagement en Amérique du Sud. Le VSI s’est alors imposé comme une évidence, presque une continuité.

C’est à Iquitos, au Pérou, au sein de l’IIAP, qu’elle trouve le terrain de cette nouvelle mission : « Valorisation des savoirs traditionnels liés aux écosystèmes amazoniens ». Tout est déjà là, dans l’intitulé même du projet : la forêt, les populations, et surtout les savoirs anciens. Une thématique qui fait écho à ses centres d’intérêt, à cette attention portée aux liens entre humains et environnement. Très vite, la mission se dédouble. Il y a le terrain, au contact des communautés paysannes et autochtones, où les paroles se recueillent autant qu’elles se partagent. Et puis il y a le bureau, où ces récits deviennent données, analyses, matière à compréhension.

Mais entre les deux, quelque chose circule sans cesse : la rencontre. À partir de ces enquêtes, l’IIAP contribue à renouveler les connaissances sur les usages des ressources et les modes de vie, ouvrant la voie à de futures actions. Et puis il y a ces moments suspendus, comme ceux passés avec les communautés Bora de l’Ampiyacu, autour de la question de l’alimentation traditionnelle. Des entretiens qui se prolongent en repas partagés, où la recherche cesse d’être uniquement production de savoir pour redevenir échange. Là, dans la simplicité des gestes et des conversations, la mission prend corps.

 

Repas avec les communautés Bora de l’Ampiyacu

 

Bâtir des ponts

 

En Bolivie, Cédric Bouchet coordonne le programme V-Amazonie à l’Espace Volontariat de France Volontaires. Après plusieurs années passées dans le pays, il sait que l’aventure ne se résume pas aux kilomètres parcourus ou aux projets réalisés. Elle est aussi culturelle. « Un des aspects les plus enrichissants du Volontariat International […] reste l’expérience de l’interculturalité. » Quand un volontaire français découvre, étonné, qu’une réunion programmée à 10h peut démarrer à 15h. Quand un partenaire local reçoit, dérouté, trois mails de relance en une seule journée. Le volontariat international est souvent présenté comme un échange de compétences. C’est vrai. Mais c’est aussi un partage de façons d’être, de travailler, de penser. « Notre travail consiste à faire le pont entre deux cultures en offrant des espaces de discussion et de facilitation dans lesquels tout le monde peut s’écouter et se comprendre mutuellement. » Une mission aussi discrète qu’essentielle.

 

Cédric Bouchet avec l’ambassadeur de France en visite chez notre partenaire FLADES dans la forêt du Chiquitano

 

Une forêt. Seize histoires.

 

Les seize volontaires du programme ne prétendent pas sauver l’Amazonie. Mais chacun contribue à bâtir un pan de son avenir.

Une étude scientifique qui préviendra une catastrophe.

Une filière économique qui réduira la pression sur la forêt.

Une formation destinée à une communauté locale.

Un atelier avec des enfants.

Un partenariat entre chercheurs.

Une rencontre.

Une idée qui germe. Puis une autre.

Un arbre replanté. Puis un autre.